Catégorie : textes

  • Nous sommes ici, et là… l’escalier de secours

    Au fond de nos poches, ce ne serait plus des sachets ou morceaux emballés de sucre que nous trouverions, mais de petits escaliers de secours.

    Là et quand survivre n’est plus tant question de calories (où peut-être bien que si, mais à l’inverse) que de s’extraire (du divertissement, des dépendances, des conditionnements, des réactions immédiates), ces rectangles de papier pliés, par l’attention que nous leur consacrerions chaque fois que nécessaire, nous (re)conduiraient au temps long.

    Tout en les formant, parcourant, de nos doigts, de notre imagination, nous serions concentrés à créer la possibilité d’une sortie.

  • (ARCHIVE)

    Anna, depuis quand ai-je arrêté de soulever ma peine ? Les haltères violettes achetées pour toi, en pensant à toi – les haltères choisies non pour leur poids mais leur couleur, celle des murs de ta chambre lors de nos premières vidéo-discussions, il me faut les remettre à leur place. Leur utilité première ici n’est-elle pas de rester en évidence, presque dans le passage, pour trébucher sur le présent ?
    Je fais à nouveau quelques étirements, je tends les bras vers celle que je veux devenir, rencontrer : je ne comprends pas tout de suite que j’ai perdu en souplesse, retrouvé ce rythme criminel qui avait toujours été le mien (quelqu’un pourrait mourir sans que j’y prête attention).
    C’est en utilisant notre nouveau moulin à café manuel que je me suis souvenue de ma promesse de muscler mes bras pour aimer en ton nom. En broyant les grains j’ai pensé à quelques amitiés que le café fin relie, j’y ai pensé sans toutefois me mettre à leur temps, négligeant à nouveau d’étirer le présent.

  • Le chemin des habitudes

  • sans douleur 1 & 2 (2022)

  • Mes propres bûcheronneries ne me seront-elles pas plus intéressantes à écrire à présent que je me sens appartenir à la famille ? (faire partie du problème)

  • J’essaie de ne pas oublier son visage, que j’ai si peu regardé.

    Quelle chance y avait-il pour que l’esthéticienne « de dépannage » que je rencontre pour me faire épiler les aisselles la veille d’un bref séjour à Arles ait une croix de Camargue tatouée sur la cheville, et qu’elle me la montre ?

  • Archives, dépoussiérage. À retrouver dans Particulière 5.

  • De retour de Marseille sans notes ni photos prises à d’autre fin que le souvenir, je repense aux « itinéraires intimes », cet ancien texte fragmentaire qu’il me tenait tant à cœur d’écrire que j’en ai jeté tous les carnets de notes et matériaux il y a un ou deux ans, en même temps qu’une décennie de journaux, de ne parvenir à le faire. Il me semblait qu’à ne plus vouloir m’exprimer comme la fille de mes parents, comme l’élève studieuse que j’avais été, comme l’adolescente menteuse, la jeune femme séductrice, comme l’amie de ceux dont je n’appréciais plus la compagnie, comme les écrivains qui avaient agrandi mon monde, comme le milieu professionnel auquel j’avais voulu appartenir à vingt ans ; il me semblait qu’à ne plus vouloir exprimer que la distance avec celles que j’avais été, qu’à me méfier de tout ce qui pourrait me faire raconter une autre histoire que celle que je choisirais librement, j’avais détruit toute possibilité de dire (dans les bons jours, de penser dans les mauvais).


    De retour de Marseille sans avoir envoyé de cartes postales ni abandonné quoique ce soit de moi dans la ville, la différence avec mes précédents déplacements me paraît tenir au fait de n’avoir pas tenu à me dire, d’avoir moins voulu raconter d’histoires qu’y participer. Ce plan sur lequel j’avais collé quelques gommettes argentées avant de partir, je m’en sépare facilement au profit d’une autre personne ; facilement, inopinément et avec le plaisir de qui s’extrait du sujet avant d’avoir terminé sa phrase.
    De retour de Marseille, c’est sur une autre langue que la mienne que j’aperçois fondre les pastilles turinoises et l’image m’enchante : j’y entrevois d’étrangères manières de raviver l’intention de mes itinéraires, qui n’ont plus grand-chose à voir ni avec mes possibles ni mes peurs, et m’y épuise sans regret.

  • Vous marchez avec plaisir, espérant comme à votre habitude perdre celle-ci, trouver celle-là. Une fois de plus, vous vous isolez sur un chemin tranquille, peu fréquenté, loin de l’agitation courante. Il se trouve qu’au fil du temps, vous avez développé toutes sortes de pratiques pour vous décontaminer et entendre votre forme à nouveau, malgré les porosités. En sortant de vos imaginés, vous vous retrouvez seuls face à la catastrophe. Les amis, distraits, ont-ils fui sans faire exprès avec vos possibles ? Vous voilà incapables de penser une autre version de l’histoire qui vous est racontée et vous attendez ici, patiemment, que votre peine vous reconnaisse et vous entraîne ailleurs. Celle qui se présente à vous, la seule à même d’offrir des limites à vos larmes, est illégitime. Votre tristesse épouse alors ses contours et déjà vous épuisez ce sinistre qui ne vous appartient pas : bientôt vous promènerez votre peine sous un ciel bleu.

    ______

    Pour promener sa peine
    ou
    le désir replié
    ?

  • Programme de mars : VI. Des signes distinctifs. Je poursuis mes hommages, d’autant plus invisibles que j’accumule du retard dans la formalisation de leurs intentions et l’archivage de leurs traces. En cela (leur retard dans une chronologie que je suis seule à connaître) et par d’autres aspects, ils ont toute leur place dans ma vie (s’insèrent dans ses défauts les plus flagrants). Je sens que la joie qui revient, les désirs qui se déplient n’iront pas contre cette peine, que je les promènerai tous à la fois.