Catégorie : nous sommes ici

  • (Ici) 79. La vie des agrumes

    C’est en convalescence qu’un nouveau geste m’est venu, sans y réfléchir : j’ai coupé l’orange sanguine en quatre et à quatre reprises croqué dans le morceau, plaquant mes dents contre l’intérieur de la peau et faisant exploser la pulpe dans ma bouche. Ce faisant, j’ai trouvé l’expérience sauvage et délicieuse, il m’a semblé – alors même que j’avais toujours entouré la consommation de cette variété d’oranges du soin respectueux qu’on réserve aux choses délicates et rares – que c’était la meilleure façon de procéder. Fallait-il que je sois malade ou sans témoin pour la découvrir ? Si cette expérience, je l’ai faite dans ce nouveau chez-moi qui ne m’a connue que malade, il m’a tout de suite paru signe de santé : c’est bien ici, malgré les apparences actuelles, que je vais vivre mieux.

    Que partout il y ait un peu de jeu, assez de place pour s’écarter.

  • (Ici)

  • (Déjà vu + ici) 16100

    Extraite de la galerie Déjà vu

    16100 Cognac – Juillet 2022

  • (Ici + liens)

    Ne peuvent véritablement se rencontrer que deux personnes en mouvement.

  • (ARCHIVE) De n’importe où

  • (Liens + Ici)

    Le premier verre cassé, la première paire de boucles d’oreilles achetée, le premier passage d’un ouvrage dont on me fait la lecture à voix haute (depuis que j’habite ici).

  • (Ego + ici) autoportrait à la bibliothèque municipale

    Quelle aisance, quel ancrage dans le présent – dont il me semble pourtant manquer grandement – lisent sur mon visage ces inconnus me demandant une direction, dans une ville, un quartier que je ne connais pas plus qu’eux ?

    Il est si fréquent que l’on m’interpelle pour un renseignement, même dans un lieu où quelqu’un d’autre est payé pour le donner, que je ne peux que constater que je ne dois pas tout à fait me débarrasser, dans mon temps libre, de l’attitude que j’adopte durant mes heures travaillées.

    Qui me croise par hasard et me reconnaît  me trouve pourtant rêveuse, absorbée dans mes pensées. Qui ose tout de même m’aborder aura l’impression de me déranger, de tomber au mauvais moment.
    Il me semble alors que celles et ceux qui ne me connaissent pas peuvent voir un désir inassouvi, un appel – peut-être furtif dans le regard – à être dérangée, que mon comportement nie presque immédiatement lorsque je ne peux pas me rendre utile.

    Combien de promenades ai-je faites comme de sourds appels au secours ? Il m’apparait que je pourrais cartographier la ville avec ces mains tendues non saisies, tracer ces chemins que je ne cesse toutefois de parcourir encore et encore avec l’espoir de ne pas être, ne pas rester celle que je suis.

  • (Lien) ici. exercices avec Noam

    Extraits de « Activating cities » et sa version traduite/augmentée « Marcheur-cueilleur » de Noam Assayag. (Voir : Ressources)

  • (Lien) André Carpentier

    « Il y a ce moment du flâneur que j’appelle la rencontre muette. Dans un café, dans un parc, dans une rue, se trouver à proximité d’individus, à portée de regard, mais sans la pleine médiation du regard, à portée de parole, mais sans l’entremise de la parole, sans le contact direct. En présence, mais sans l’adresse à l’autre. En fait, dans la seule dualité de la présence nue. Une rencontre presque à sens unique, par les sens et par l’intuition.

    C’est dans cet esprit qu’on repère le mieux ces individus en échappée, qui, seuls ou en grappe, tendent à produire une vie humaine singulière au sein de la norme et de la vie quotidienne, qui est aussi une vie partagée. Leur paradoxe est le détournement dans l’attachement à la règle et au quotidien. Ces marginaux, ces flâneurs à temps plein dont je parle, donnent en sourdine le spectacle d’un usage de soi, dans l’ordinaire des jours, qui leur permet de créer une cohérence pour soi tout en se maintenant dans le registre des règles communes et dans le courant de la quotidienneté. Ils résistent aux usages répétitifs, à l’émiettement du quotidien, au trop peu de sens de l’agir ordinaire, par des inventions, des astuces, des ruses, des détournements, des insoumissions et autres conduites tactiques « articulées sur des “détails” du quotidien » (de Certeau, 1980, p. 14). Ces personnages donnent l’exemple d’un agir qui permet de se réapproprier l’espace organisé, ainsi que ses usages. Ils s’inventent un devenir en œuvrant à leur adaptation sans nuire à quiconque et en n’étant pareil à personne, bien qu’adhérant au contingent social. J’exagère peut-être, mais il me semble distinguer, dans l’exhibition de ce démarquage mesuré, d’infimes et négligeables traces, mais des traces quand même, d’une procédure de régénération de la vie quotidienne et des normes du vivre ensemble. »

    Extrait de : « Être auprès des choses. L’écrivain flâneur tel qu’engagé dans la quotidienneté » par André Carpentier, à lire sur le site de l’Observatoire de l’Imaginaire Contemporain.

  • (Liens) Remarquer Marseille (Nina Rendulić)