Catégorie : Promener sa peine

  • Anna, depuis quand ai-je arrêté de soulever ma peine ? Les haltères violettes achetées pour toi, en pensant à toi – les haltères choisies non pour leur poids mais leur couleur, celle des murs de ta chambre lors de nos premières vidéo-discussions, il me faut les remettre à leur place. Leur utilité première ici n’est-elle pas de rester en évidence, presque dans le passage, pour trébucher sur le présent ?
    Je fais à nouveau quelques étirements, je tends les bras vers celle que je veux devenir, rencontrer : je ne comprends pas tout de suite que j’ai perdu en souplesse, retrouvé ce rythme criminel qui avait toujours été le mien (quelqu’un pourrait mourir sans que j’y prête attention).
    C’est en utilisant notre nouveau moulin à café manuel que je me suis souvenue de ma promesse de muscler mes bras pour aimer en ton nom. En broyant les grains j’ai pensé à quelques amitiés que le café fin relie, j’y ai pensé sans toutefois me mettre à leur temps, négligeant à nouveau d’étirer le présent.

  • – ARCHIVE – La manucure (Promener sa peine)

    La manucure, hommage discret de janvier.

    Aucune ville ne m’a vue aussi seule que celle-ci où j’habite et à laquelle je ne veux pour l’instant renoncer.
    Combien sont-ils, qui voyant mes ongles perdre leur habituelle couleur rouge, pourraient y voir un hommage ?
    Au bout de mes mains, les doigts d’une femme aimée : je l’embrasserais en me faisant les ongles.
    Qui pour concevoir que tous les compliments ne sont pas agréables à recevoir, que l’on se fiche parfois d’une délicatesse, d’une élégance, d’une douceur pour tous, qu’on préférerait une vulgarité sans hésitation – pourvu qu’elle soit justement adressée et reçue.

    À présent il est insupportable de causer chiffons et couleurs de laque en ton absence.
    Tu aurais fini par me mordre.

    Quand une jeune femme, les cheveux en carré, remet une mèche derrière l’oreille, je dois me pincer pour ne pas t’apercevoir.

    Tu n’as pas tenu parole : qui m’offrira un sirop de violette ? Comme elle, je t’aurais portée.
    Tu ne dis plus rien et je t’entends toujours demander si je suis prête à être une bonne amie, maintenant qu’il est trop tard.
    Je ne te retrouverai pas avant d’avoir osé toutes les maladresses ; si ma main tremble, si ma voix tremble, du courage pour sauver d’autres jours.

    Quand je suis entrée dans le Sephora, on a pu me prendre pour une cliente. Mais j’étais celle qui reste, qui cherchait ta teinte et ne se ressemblait pas. Je voulais faire glisser tes doigts contre ma joue, faire battre ta main dans mon sexe, je voulais même me tromper et décevoir, si j’avais pu les* aimer pour toi.
    J’étais en retard, personne ne m’avait prévenue.

    Il m’était presque sorti de la tête que je portais depuis bientôt une semaine une teinte étrangère. Mardi je me caressais avec tes mains, rendais tangible un souvenir pour mieux l’embrasser. Dimanche la manucure a perdu de sa photogénie et sur le point de la remplacer, je me demande si cette envie de fumer, ces derniers jours, m’appartenait ou si elle ne brûlait que tes doigts. Et ce simulacre de corps inerte qui de bon matin fit couler des larmes qu’une séduisante inconnue sécha : étaient-elles pour toi ou par toi ?

    (ARCHIVE)
    Dans Promener sa peine, janvier 2021

  • Mardi 3 mai 2022

    [figje] pour hommage discret de mai.

  • Mardi 12 avril 2022

    Vous marchez avec plaisir, espérant comme à votre habitude perdre celle-ci, trouver celle-là. Une fois de plus, vous vous isolez sur un chemin tranquille, peu fréquenté, loin de l’agitation courante. Il se trouve qu’au fil du temps, vous avez développé toutes sortes de pratiques pour vous décontaminer et entendre votre forme à nouveau, malgré les porosités. En sortant de vos imaginés, vous vous retrouvez seuls face à la catastrophe. Les amis, distraits, ont-ils fui sans faire exprès avec vos possibles ? Vous voilà incapables de penser une autre version de l’histoire qui vous est racontée et vous attendez ici, patiemment, que votre peine vous reconnaisse et vous entraîne ailleurs. Celle qui se présente à vous, la seule à même d’offrir des limites à vos larmes, est illégitime. Votre tristesse épouse alors ses contours et déjà vous épuisez ce sinistre qui ne vous appartient pas : bientôt vous promènerez votre peine sous un ciel bleu.

    ______

    Pour promener sa peine
    ou
    le désir replié
    ?

  • Jeudi 7 avril 2022

    L’hommage d’avril consiste à soulever sa peine, à répétitions. Ça s’invente facilement, j’achète le deuxième jour une paire d’haltères de la couleur des murs de ta chambre, celle de nos premières webcams. Tu habitais violette chez tes parents, nos nuits éloignées se chargeaient du désir de nos vingt ans – de jouir, de souffrir, d’aimer sans rien y connaître – si bien qu’à trente nous n’avions su devenir de douces amies, même l’indifférence était violente. Nous imaginions le meilleur et le pire de cette rencontre si différée ; tu n’avais pas tort quand tu disais que nous ne serions froides jamais, jamais nous serions. En souvenir de tes bras et de nos promesses endurantes, j’oublie pour toi l’idéal fessier et chaque jour soulève ma peine de ne pas nous avoir osé. A répétitions j’enterre les possibles pour celle(s) que tu enviais déjà.

  • Brouillon du dimanche 3 mars 2022

    Réalisé il y a quelques jours cette image, représentation de l’hommage non rendu de mars : « signes distinctifs ».
    L’inventaire en cours de ces hommages discrets est à retrouver sur cette page que je compte bien mettre à jour petit à petit ce mois-ci.

  • Brouillon du 6 mars 2022*

    Programme de mars : VI. Des signes distinctifs. Je poursuis mes hommages, d’autant plus invisibles que j’accumule du retard dans la formalisation de leurs intentions et l’archivage de leurs traces. En cela (leur retard dans une chronologie que je suis seule à connaître) et par d’autres aspects, ils ont toute leur place dans ma vie (s’insèrent dans ses défauts les plus flagrants). Je sens que la joie qui revient, les désirs qui se déplient n’iront pas contre cette peine, que je les promènerai tous à la fois.

  • La manucure*

    Il m’était presque sorti de la tête que je portais depuis bientôt une semaine une teinte étrangère. Mardi je me caressais avec tes mains, rendais tangible un souvenir pour mieux l’embrasser. Dimanche la manucure a perdu de sa photogénie et sur le point de la remplacer, je me demande si cette envie de fumer, ces derniers jours, m’appartenait ou si elle ne brûlait que tes doigts. Et ce simulacre de corps inerte qui de bon matin fit couler des larmes qu’une séduisante inconnue sécha : étaient-elles pour toi ou par toi ?

    Mis en ligne la page « Manucure » dans « Promener sa peine »

  • 25/01/22

    Et si je revenais à mon envie première en mettant en ligne ce site, et en le nommant ainsi ? Un atelier davantage qu’une vitrine. Du brouillon, la spontanéité et le caractère non définitif.

    Si tu savais, Anna, les jours que tu sauves.

    J’ai le plus grand mal à faire traverser les saisons à ce projet photographique, qui me tient pourtant tant à cœur, entamé cet été. « J’irai promener ma peine sous un ciel bleu », « une journée à ne pas y mettre fin », « les jours que tu sauves ». Je nomme, renomme mais reste incapable de formuler mes intentions sans ambiguïté. Et comme pour à peu près tout ce que je fais, dans tous les domaines de ma vie, il m’est impossible de continuer à faire si je ne peux dire pourquoi. (Il n’y a qu’au bord du suicide qu’on pourrait m’entendre dire « c’est la vie ».)
    Je sais que quelque chose de crucial se joue ici, à la libération de l’expression, de mon appartenance au monde. Un quelque chose qui ne tient pas tant du développement personnel que de la conviction politique, un quelque chose de grand qui passe par des tentatives ridicules. De la même façon que je me réjouis de retrouver la santé après des mois et des mois d’entraînements lamentables à la course à pied, il me plaît de travailler à faire disparaître des points de côté d’un autre ordre à partir ce projet hautement symbolique pour moi.

  • 22.01.22*

    Test pour une des séries de tirages argentiques sur lesquelles je travaille en ce moment. (Petits comme mes désirs si longtemps repliés.) Je sens qu’il me faudrait écrire avant de passer une nouvelle après-midi dans le labo : je m’éparpille – me perds dans les images alors que les textes sensés les accompagner m’aideraient probablement à établir ma sélection de 10 clichés. Je les appelle mes petites bonnardes.