Conditionnels (extraits)

On ruserait jusqu’à ce que nos jours soient plus justes que denses.

On privilégierait ce qui ralentirait sans éteindre.

On ne cacherait pas notre faible pour les esprits tendres et les corps incandescents.

Que tout soit dit ou montré n’aiderait en rien à la compréhension, il conviendrait de tisser sans fin.

Et l’on n’en finirait plus de savourer nos peurs.

On partagerait nos fantasmes et pensées, par fragments éphémères, sans craindre qu’ils les reçoivent comme les pièces d’un puzzle à assembler, coller et encadrer.

Enchevêtrés, nos discussions seraient sans parasites ;
nous ferions couler bien de l’encre entre nos bras ;
transformerions le rythme de l’intime jusqu’à
finir nos phrases du bout des doigts.

L’ennui serait de savoir exactement ce qu’il faut faire.

Notre voisin nous dirait de faire un effort, que nos bruyants ébats lui manquent.

Elle placerait dans la conversation des répliques de films, des répliques si ordinaires que personne ne les remarquerait.

Il n’y aurait pas de mauvaises raisons.
Il n’y aurait que des mauvaises raisons.

Tu lui ferais des compliments sur son système immunitaire.

Chaque année, on ferait parvenir un cadeau à celle et ceux à qui l’on a le plus pensé en se masturbant. La carte dirait seulement “merci”.

Comme à un ou une petit(e) ami(e), on pourrait dire à sa famille que c’était bien, enfin que c’était, mais que maintenant c’est fini. Qu’on a pris des chemins différents, qu’on n’a plus rien à se dire, qu’il vaut mieux arrêter là.

Plutôt que sur sa main, il écrirait ses pense-bêtes au stylo bille au creux de son coude, autour de son nombril ou au pli de l’aine. Il lui faudrait se déshabiller à l’abri des regards pour les consulter.

Parmi les centaines de tableaux exposés, elle lui demanderait, en échange de la sienne, de retrouver ses deux paires de seins préférées.

Les traits d’union coupant les mots en fin de lignes te manqueraient : tu serais las d’être justifié.

Vous rendriez la conversation impossible en vous réjouissant de toute prévision météorologique.

On se croiserait par hasard, on s’embrasserait au lieu de se faire la bise et n’ayant rien à se dire, on se quitterait sur un “bonjour”.

Tu te promènerais en ville ni comme un habitant, prenant le chemin le plus court entre deux lieux des habitudes, ni comme un touriste redoutant de se perdre, de perdre son temps entre deux immanquables.
Tu te promènerais dans les rues toujours plaisantes de l’entre-deux.

Elles seraient une armée à dessiner sur leur visage, de leur doigt chargé de désir, des peintures de guerre invisibles.

Tu porterais, de temps à autre, un collier de bonbons. À ceux que cela étonnerait de la part d’une adulte, tu objecterais que c’est une référence cinématographique. Tu finirais par te permettre mille et un comportements étranges que tu justifierais, à tort ou à raison, de la même façon.

Chaque fois où quelqu’un lui proposerait de choisir entre deux possibilités seulement, elle répondrait ni l’un ni l’autre.

Tous les messages qu’ils s’enverraient ne contiendraient que des questions.

Vous consigneriez vos peurs, qu’elles soient faibles éphémères ou persistantes paralysantes, et transmettriez chaque année la liste exhaustive à quelqu’un ayant dix ans de plus ou de moins que vous.

Chaque fois que vous pénétreriez dans la chambre, vous vous assureriez que les draps soient bien défaits.

Par respect pour les cuisiniers, nous ne photographierions nos assiettes qu’une fois vides, souillées.