• – ARCHIVE – La manucure (Promener sa peine)

    La manucure, hommage discret de janvier.

    Aucune ville ne m’a vue aussi seule que celle-ci où j’habite et à laquelle je ne veux pour l’instant renoncer.
    Combien sont-ils, qui voyant mes ongles perdre leur habituelle couleur rouge, pourraient y voir un hommage ?
    Au bout de mes mains, les doigts d’une femme aimée : je l’embrasserais en me faisant les ongles.
    Qui pour concevoir que tous les compliments ne sont pas agréables à recevoir, que l’on se fiche parfois d’une délicatesse, d’une élégance, d’une douceur pour tous, qu’on préférerait une vulgarité sans hésitation – pourvu qu’elle soit justement adressée et reçue.

    À présent il est insupportable de causer chiffons et couleurs de laque en ton absence.
    Tu aurais fini par me mordre.

    Quand une jeune femme, les cheveux en carré, remet une mèche derrière l’oreille, je dois me pincer pour ne pas t’apercevoir.

    Tu n’as pas tenu parole : qui m’offrira un sirop de violette ? Comme elle, je t’aurais portée.
    Tu ne dis plus rien et je t’entends toujours demander si je suis prête à être une bonne amie, maintenant qu’il est trop tard.
    Je ne te retrouverai pas avant d’avoir osé toutes les maladresses ; si ma main tremble, si ma voix tremble, du courage pour sauver d’autres jours.

    Quand je suis entrée dans le Sephora, on a pu me prendre pour une cliente. Mais j’étais celle qui reste, qui cherchait ta teinte et ne se ressemblait pas. Je voulais faire glisser tes doigts contre ma joue, faire battre ta main dans mon sexe, je voulais même me tromper et décevoir, si j’avais pu les* aimer pour toi.
    J’étais en retard, personne ne m’avait prévenue.

    Il m’était presque sorti de la tête que je portais depuis bientôt une semaine une teinte étrangère. Mardi je me caressais avec tes mains, rendais tangible un souvenir pour mieux l’embrasser. Dimanche la manucure a perdu de sa photogénie et sur le point de la remplacer, je me demande si cette envie de fumer, ces derniers jours, m’appartenait ou si elle ne brûlait que tes doigts. Et ce simulacre de corps inerte qui de bon matin fit couler des larmes qu’une séduisante inconnue sécha : étaient-elles pour toi ou par toi ?

    (ARCHIVE)
    Dans Promener sa peine, janvier 2021

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