(À suivre.)

Nous nous appliquerions à laisser s’échapper une passion sur quatre, une tristesse sur trois, une colère sur deux.

Livre, petite cuillère, stylo, briquet : il infiltrerait, à l’insu de ses hôtes, un petit objet lui ayant appartenu dans chaque appartement ou maison où il serait invité.

Notre voisin nous dirait de faire un effort, que nos bruyants ébats lui manquent.

On partagerait nos fantasmes et pensées, par fragments éphémères, sans craindre qu’ils les reçoivent comme les pièces d’un puzzle à assembler, coller et encadrer.

Nous écririons des cartes postales à des personnes dont nous n’aurions pas l’adresse. Nous les conserverions afin de les envoyer, toutes à la fois, si les destinataires venaient à nous donner leurs coordonnées.

Elle placerait dans la conversation des répliques de films, des répliques si ordinaires que personne ne les remarquerait.

On demanderait des orgasmes comme un enfant réclame une glace lors d’une promenade en famille dans le parc, comme un mari bridé quémande à sa femme l’autorisation de se resservir un verre de vin. On dirait « juste un doigt vite fait », « juste une petite pipe » en faisant la moue. On s’épargnerait le jeu de la séduction et l’on ferait des caprices.

Il n’y aurait pas de mauvaises raisons.
Il n’y aurait que des mauvaises raisons.

Tu lui ferais des compliments sur son système immunitaire.

Chaque année, on ferait parvenir un cadeau à celle et ceux à qui l’on a le plus pensé en se masturbant. La carte dirait seulement “merci”.

Comme à un ou une petit(e) ami(e), on pourrait dire à sa famille que c’était bien, enfin que c’était, mais que maintenant c’est fini. Qu’on a pris des chemins différents, qu’on n’a plus rien à se dire, qu’il vaut mieux arrêter là.

Plutôt que sur sa main, il écrirait ses pense-bêtes au stylo bille au creux de son coude, autour de son nombril ou au pli de l’aine. Il lui faudrait se déshabiller à l’abri des regards pour les consulter.

Parmi les centaines de tableaux exposés, elle lui demanderait, en échange de la sienne, de retrouver ses deux paires de seins préférées.

Les traits d’union coupant les mots en fin de lignes te manqueraient : tu serais las d’être justifié.

Vous rendriez la conversation impossible en vous réjouissant de toute prévision météorologique.

On se croiserait par hasard, on s’embrasserait au lieu de se faire la bise et n’ayant rien à se dire, on se quitterait sur un “bonjour”.

Tu te promènerais en ville ni comme un habitant, prenant le chemin le plus court entre deux lieux des habitudes, ni comme un touriste redoutant de se perdre, de perdre son temps entre deux immanquables.
Tu te promènerais dans les rues toujours plaisantes de l’entre-deux.

Elles seraient une armée à dessiner sur leur visage, de leur doigt chargé de désir, des peintures de guerre invisibles.

Tu porterais, de temps à autre, un collier de bonbons. À ceux que cela étonnerait de la part d’une adulte, tu objecterais que c’est une référence cinématographique. Tu finirais par te permettre mille et un comportements étranges que tu justifierais, à tort ou à raison, de la même façon.

Chaque fois où quelqu’un lui proposerait de choisir entre deux possibilités seulement, elle répondrait ni l’un ni l’autre.

Tous les messages qu’ils s’enverraient ne contiendraient que des questions.

Vous consigneriez vos peurs, qu’elles soient faibles éphémères ou persistantes paralysantes, et transmettriez chaque année la liste exhaustive à quelqu’un ayant dix ans de plus ou de moins que vous.

Des propriétaires négligents qui se soucieraient peu du dégoût que lui inspire le contact des chiens, elle se vengerait en leur imposant son contact déplacé : elle frotterait son buste à leur dos, elle sentirait leur cou, elle leur lécherait le visage.

Chaque fois que vous pénétreriez dans la chambre, vous vous assureriez que les draps soient bien défaits.

Par respect pour les cuisiniers, nous ne photographierions nos assiettes qu’une fois vides, souillées.