Sans titre

Les deux petits carnets remplis de notes qui ne m’étaient d’aucun secours pour donner la forme de deux ou trois phrases à ma pensée, je les ai jetés. Je viens de les jeter de la même façon qu’il y a quelques mois je portais deux très lourds cabas de carnets – une décennie de notes – à la déchetterie et donnais quelques sacs de vêtements dont la seule qualité était, si c’en est une, de briller. Par de la même façon j’entends : avec le courage de n’accorder que peu de valeur aux possibles et de s’accepter pauvre, ou peut-être seulement riche du geste répété de choisir. Car si penser et choisir aboutit presque toujours au choix de faire à nouveau (au lieu de faire plus, en plus), faire à nouveau à partir du presque rien qu’on s’est choisi, alors est-ce encore préférer ce qui pourrait être à ce qui est ? (Ou tout dépenser pour ce dont on juge qu’il devrait être ?)

23.04.2021

Si les gestes qu’il improvise sont les mêmes que ceux d’une chorégraphie apprise, copiée, alors comment faire comprendre qu’il ne danse pas ?

 

 

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Sans titre

L’an dernier j’achetai pour la deuxième fois un petit pot pas cher d’oxalis en piteux état, dans l’idée de l’aider à retrouver de sa superbe. Plutôt que de chercher en vain la belle plante en parfaite forme, j’avais voulu diriger mes efforts (et ma satisfaction) sur l’entretien en place de l’achat. Au fil des semaines, l’envie d’en faire cadeau à quelqu’un que j’estime beaucoup m’est venue : que donner à qui n’est pas matérialiste, à qui j’ai si peu à offrir, si ce n’est une bienveillante disposition, et mes efforts ?
Toute cette année, et plus encore cet automne-hiver, le plaisir personnel et immédiat est passé au second plan. Alors ce printemps, en achetant pour la troisième fois quelques tristes feuilles pourpres, l’idée de prendre soin pour ne pas profiter soi-même du résultat ne m’est pas étrangère.

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Octobre 2020

Je m’éparpille, est-ce un mal ? Selon le jour où la question se pose, la réponse est parfois oui, d’autres non. Certaines semaines seraient plus douces de pouvoir trancher. Mais alors, est-ce que je ne deviendrais pas comme celui qui m’a traitée d’égoïste entre deux portes ? Faut-il encore que je m’en veuille, d’être incapable d’argumenter quand les discussions sont closes avant d’avoir commencé ? Faut-il encore que je m’excuse d’être gênée, fragile, bégayante en l’absence de nuances ? Face à la violence de ceux qui ne pensent pas à mal, faut-il encore que je justifie mes hésitations ? N’y a-t-il pas ailleurs d’autres responsabilités à prendre qui ne nécessiteraient ni d’adhérer ni d’affirmer, mais d’aller sans avec ni contre ?

Point d’étape : tout ce qui est dedans s’agite autour. Je poursuis ma collecte de flyers culturels malgré les consignes sanitaires qui les font disparaitre par endroits. Ce que j’y lis me parle sans rien me dire ; que des échos, aucune mélodie. Me voilà entourée de mes pensées, à faire du constat un mauvais signe. Puis-je encore user du même vocabulaire ? « Parcourir la saison », « renégocier sa relation au territoire à partir du souvenir et de l’expérience », « faire un pas de côté », « voir le monde autrement », sans distraire et participer à l’air du temps ? J’évite d’aborder mon sujet de peur que mes phrases se recroquevillent davantage. Si j’accepte volontiers de douter de ce que j’ai à dire, je redoute que le comment devienne une question plus paralysante que stimulante pour la pensée.
Quand j’ai revu ma meilleure amie de jeunesse l’an passé, elle s’est étonné que je parle vraiment beaucoup moins qu’avant. Certains souvenirs pourraient aussi être surpris de la difficulté à écrire, ne serait-ce que rédiger. Quand j’ai aperçu la bêtise, j’ai fui. Il y a des espaces à reconquérir bien au delà du bureau. Aujourd’hui, je n’ai que douze ans et c’est un jour sans dans ma pièce préférée.

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Septembre 2020

Nécessité et difficulté de s’extraire du partage immédiat, des images que l’on préfèrerait non brillantes, recouvertes de sédiments. Parfois j’ai l’impression d’échanger comme je prends des notes.

Qui pense à qui et où ? Qui pense à quoi et où ? Qu’emportent-ils avec eux lorsqu’ils se déplacent ? Jusqu’où peut-on partir quand nous restons ?

Certaines phrases du film de Frank Beauvais, « Ne croyez surtout pas que je hurle », sur lesquelles j’aimerais revenir.

Il m’est donné deux adresses, je suis invitée à choisir celle qui me parle le plus. Bientôt la reprise des correspondances, j’envisage de rendre mon carnet d’adresses roulant.

Reçu « Habitacles » de Jérôme Orsoni. Depuis que j’ai lu ses « Monstres littéraires » et que je suis assidument son journal en ligne, j’invite les lecteurs voulant bien m’entendre à s’intéresser à ses textes. Je me dis que peut-être, dans ce qui est vraiment beau se loge toujours une porosité, une adresse invisible mais puissante qui se fait immédiatement une place dans l’agencement de notre propre monde. La rencontre s’impose comme une actualité, plus que toute sortie de la rentrée littéraire, à cause des liens spontanément tissés, de ceux que personne ne nous a suggérés, et qu’on aurait bien du mal à communiquer autrement que dans une invitation à interpréter. Alors que je ne sais par quel bout reprendre mon projet itinéraires intimes, (…)

Cela fait quelques années que j’ai choisi d’amputer bonne part de mon salaire pour reprendre la main sur une partie de mon temps. Certaines semaines, s’extraire d’une adresse immédiate, se retenir pour (s’)offrir plus justement – débarrassée des heures où l’on ne s’appartient pas tout à fait, est plus difficile que d’autres. Celles-ci le sont, j’appelle à l’aide et les âmes amies, patientes, disent d’essayer encore. Reprendre ce journal est une ruse pour porter secours à cette nouvelle tentative. Bonne rentrée à tous, allez voir ailleurs et dites-moi si j’y suis aussi.

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